Quelle résistance compte? La contestation iranienne, l'anti-impérialisme et le problème des étiquettes politiques

Écrit par: Reza Achouri

Pour de nombreux observateurs, la politique de l'Iran contemporain peut sembler facile à classer dans des catégories familières.La République islamique se présente comme anti-américaine, anti-israélienne et anti-impérialiste.Ses critiques incluent souvent des monarchistes, des libéraux laïques, des militants de la diaspora et des personnes qui appellent ouvertement à une pression occidentale accrue sur le régime.En apparence, cela peut donner l'impression qu'il est raisonnable de dire que le régime appartient au camp mondial de la gauche ou anti-impérialiste, tandis que les manifestants appartiennent à la droite ou à un camp pro-occidental.Cette lecture a une force émotionnelle, surtout lorsque l'on voit certains opposants s'aligner sur des gouvernements conservateurs à l'étranger.Pourtant, une fois le cas examiné plus attentivement, cette binarité commence à se défaire.Les études sur l'histoire iranienne, les mouvements de protestation et l'idéologie d'État suggèrent que la véritable division n'est pas mieux comprise comme une simple lutte entre la gauche et la droite.Elle est mieux comprise comme une lutte entre un État qui a monopolisé le langage de l'anti-impérialisme et une population large et intérieurement diverse qui conteste ce monopole tout en exigeant dignité, sécurité et voix politique (Abrahamian, 1982; Bayat, 2013a; Parsa, 2016). Cette distinction est importante car les étiquettes façonnent la solidarité.Lorsque la République islamique est traitée comme faisant naturellement partie d'un front progressiste ou anti-impérialiste, sa répression interne peut apparaître secondaire, regrettable ou géopolitiquement gênante.Lorsque les manifestants sont réduits à un bloc de droite ou pro-impérial, leurs demandes de liberté et de survie peuvent être rejetées comme une manipulation étrangère.Ces deux démarches aplatissent la réalité.Elles rendent également plus difficile d'entendre ce que de nombreux Iraniens disent en réalité depuis des années: un État ne devient pas émancipateur simplement en s'opposant aux États-Unis, et un mouvement de protestation ne devient pas réactionnaire simplement parce qu'il s'oppose à un État qui s'exprime en termes anti-impérialistes.Un argument académique plus prudent doit donc séparer la posture géopolitique de la réalité sociale interne. Comment la République islamique a construit son image anti-impérialiste La République islamique n'a pas inventé le sentiment anti-impérialiste en Iran.Elle a hérité d'une société profondément marquée par l'intervention étrangère, en particulier le coup d'État de 1953 contre le Premier ministre Mohammad Mossadegh, dont de nombreux Iraniens se souviennent comme d'une atteinte majeure à la souveraineté nationale (Abrahamian, 1982).Cette histoire a donné au langage anti-impérialiste une réelle force morale et politique.Après 1979, le nouveau régime a fait de ce langage un élément central de sa légitimité.Il s'est présenté comme le défenseur des opprimés, l'ennemi de la domination…

Anti-Imperialism · Iran · Islamic Republic · Resistance

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